La poésie, fleuron de la Perse


Le Mausolée du poète Hafez à Chiraz, Iran

S'il y a un art qui incarne la culture perse, c’est bien celui de la poésie. Véritable aboutissement de la littérature iranienne, elle s'immisce dans le quotidien de tous les Iraniens, toutes générations confondues. Considérée comme l’une des formes les plus anciennes de la littérature universelle, la poésie persane nous apporte un regard inédit sur l’évolution culturelle, politique, sociale et philosophique de l’Iran depuis le Xème siècle.


Ses balbutiements


Miniature ancienne

Dans l’Avesta, texte sacré constituant le socle de la liturgie zoroastrienne, les gathas sont des hymnes sous forme de vers relatant la vie du prophète Zarathoustra. Cette forme littéraire est considérée comme l’un des vestiges de la poésie de l’ancienne Perse. Mais qu’en est-il de la poésie persane telle que nous la connaissons ?


La poésie persane est le fruit d’une rencontre culturelle au cours d’une période mouvementée : l’islamisation. Entre le Xème et le XIème siècle, deux cents après la conquête de la Perse par les Arabes, la subsistance de la culture iranienne antérieure est compromise. Cette période de bouleversement culturel s'avère pourtant fertile car elle marque la rencontre entre deux courants poétiques bien distincts :


  • La poésie en moyen-iranien ou pehlevi, langue officielle de l’Iran Sassanide, entre 224 et 651. Cette langue disparue incarnant une époque raffinée fut l’âme d’une littérature abondante mais dont les vestiges sont rares. Le schéma rythmique de la poésie en moyen-iranien s’inspire de la poésie de l’ancienne Perse où chaque vers comptait un nombre de syllabes précis.


  • La poésie arabo-musulmane, importée en Perse par les califes en 651, est largement empreinte du Coran. Elle prend la forme du prosodie où s’alternent syllabes longues et syllabes courtes.


Cette rencontre inattendue donne naissance à une forme de poésie persane innovante marquée par le rythme du vers arabe tout en étant imprégnée de la métrique de la poésie iranienne traditionnelle.


Mais cette fusion inattendue n’aurait sûrement pas eu lieu si elle ne s’était pas déroulée dans un cadre politique bien particulier… Dans les régions du Khorasan et de la Transoxiane, dans le nord-est de l’Iran actuel, régnait la dynastie Samanide, dont les représentants furent désignés comme émirs par le calife al-Mamun sous l’autorité du califat Abbasside. Étant persanophones, les Samanides s’appliquaient à s’entourer de poètes renouant avec les traditions littéraires de la Perse ancienne. En même temps, leur fidélité aux Abbassides les amena à adapter cette poésie ancienne à la culture arabo-musulmane califale. C’est ainsi que la poésie persane traditionnelle a pu voir le jour.



Les poètes emblématiques de la poésie persane


Roudaki (859-941)


La statue de Roudaki à Dushanbe, Tadjikistan

Roudaki est considéré comme le père fondateur de la poésie persane. Son oeuvre est très éclectique, se développant autant autour du lyrisme amoureux que de la panégyrique*mais aussi de l’élégie funèbre**. Le ton emprunté est rempli de fatalisme mais laisse aussi place à un imaginaire propre au milieu de la noblesse. Roudaki est à l’origine du rubaï, un poème à la forme fixe s’apparentant au quatrain occidental.

Son œuvre la plus reconnue est le recueil de fables orientales Kalilè et Demnè qui aura inspiré les plus grands hommes de lettres de notre histoire comme Jean de la Fontaine au XVIIIème siècle.

Il est à déplorer que la majeure partie de son œuvre estimée à plus de 100 000 vers est introuvable.

* La panégyrique provenant du mot grec panêguris, « assemblée de tout le peuple », est un discours démonstratif élogieux louant un personnage illustre, une nation ou une chose.


** Venant du grec elegeia signifiant “chant funèbre”, l’élégie funèbre est un poème lyrique emprunt de mélancolie exprimant la douleur amoureuse ou le deuil.


Ferdowsi (approximativement 940-1020)


Statue de Ferdowsi à Tus, Iran

Aussi connu sous le nom du “Récréateur de la langue persane”, Ferdowsi fait aussi partie des chefs de file de la poésie persane. Durant près de quarante ans, il se dédia à l’écriture de la plus grande épopée en langue persane et ce qui demeure aussi sa plus grande œuvre : Le Livre des Rois ou Shâh Nâmeh. Un monumental ouvrage épique constitué de 50 000 distiques relatant l’histoire des grands rois perses jusqu’à leur chute par l’invasion arabe en 65, faisant rejaillir l’imaginaire national perse.


Nezâmi (approximativement 1141-1209)

Visage de Nezami

Nezâmi se distingue de ses prédécesseurs par sa grande inventivité poétique. Bien que son Livre d’Alexandre fait appel au style panégyrique et à l’épopée, le reste de son œuvre est consacrée au lyrisme amoureux et au mystique, qu’il a introduit à la poésie persane. Nezâmi est à l’origine du Khamsé regroupant cinq poèmes lyriques au style complexe riche en énigmes, en anecdotes et en figures de style. Sous la plume harmonieuse de Nezâmi, la poésie persane s’est non seulement enrichie mais elle s’est vue ouvrir de nouveaux horizons.


Hâfiz ou Hafez (approximativement 1325-1390)


Le Mausolée du poète Hafez à Chiraz, Iran

Dans le sillage de Nezâmi, Hâfiz perpétue la poésie mystique dans un registre lyrique auquel il incorpore des images sensorielles éveillant l'imagination du lecteur. Son œuvre la plus connue est nommée Le Divân (recueil de poèmes) à défaut de titre. Le Divân se compose de ghazals qui sont des poèmes faits de distiques. Hafez est l’un des poètes persan


s les plus populaires : encore aujourd’hui, ses poèmes sont célébrés jusqu’à inspirer la musique traditionnelle. D’ailleurs, la ville de Chiraz, dont Hafez est originaire, ne manque pas de rendre hommage à cette grande figure de la littérature persane à travers ses statues et jardins honorifiques.


Djami (1414 - 1492)


Miniature représentant une cour royale


En plein âge d’or de la poésie mystique soufie, Djami incarne le dernier représentant de la poésie persane classique. Sa figure de cheykh soufi transparaît à travers ses poèmes où il dépeint l’amour comme un élément essentiel dans la quête de la spiritualité et représente l’homme qui aspire au savoir par une goutte d’eau tombant dans le désert.







À l’aube de la dynastie des Safavides, les conflits politiques donnent le coup de grâce à la poésie persane classique qui connaissait déjà un certain déclin. Mais cela n'empêchera pas la poésie persane de rester gravée dans la mémoire collective iranienne comme universelle et de continuer à nourrir la littérature contemporaine.


Rendez-vous sur notre coin lecture pour découvrir la littérature persane et en savoir davantage.









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