Norouz, le Nouvel An persan


La table Haft Sîn symbolise Norouz

Ce samedi 20 mars marque le jour de l'équinoxe du printemps en France et les pays de l’hémisphère nord, mais pour les Iraniens on fête surtout le Nouvel An ! Chaque année, depuis plus de 3000 ans, on célèbre le réveil de la nature et le renouvellement de la vie dans laquelle l’homme et la nature sont étroitement liés. Norouz, qui signifie littéralement “Jour Nouveau” est la plus grande fête de la culture persane mais son culte s’est répandu au-delà des frontières de l’Iran, dans les pays anciennement influencés par l’Empire perse comme l'Afghanistan, l'Azerbaïdjan, le Kurdistan…


Une tradition ancestrale



Vestiges de Persépolis

La fête de Norouz, plus qu’une simple célébration de la renaissance de la nature, est profondément ancrée dans la culture iranienne, au point qu’elle est déjà mentionnée dans des archives datant du IIème siècle avant J-C. À l’époque des Achéménides, entre 648 et 330 avant JC, on commémorait cette grande fête dans la somptueuse ville de Persépolis qui fut bâtie par les grands rois perses à cet effet.


Plus tard, durant la dynastie des Sassanides entre 224 et 651 avant JC, la cérémonie de Norouz se déroule sur 6 jours : les 5 premiers formant le “petit Norouz” étaient marqués par la rencontre entre le roi et les différentes couches de la société, des nobles aux paysans, en passant par les religieux. Ces entrevues royales permettaient à chacun d’émettre des demandes au roi. Le 6ème jour, appelé le “grand Norouz” était dédié à l’anniversaire du prophète Zoroastre et marquait le terme de la création du monde qui, selon les croyances, s’étalait sur 6 jours.

Au cours de cette période, la fête de Norouz s’ enrichit de nouvelles traditions telles que le pardon des prisonniers, les audiences royales publiques et les cadeaux, qui sont encore d’actualité aujourd’hui.

Alors que Norouz incarne l’héritage du Zoroastrisme, on constate que la popularité et la grandeur de cette fête n’a cessé de croître à travers les époques, et ce, même sous l’influence islamique. D’ailleurs, en pleine période islamique, à l’époque des Abbassides (750-1258), on fête Norouz dans ce qui était autrefois la capitale de l’Empire islamique, Bagdad. Là encore, les traditions comme les cadeaux, le port de nouveaux vêtements et les entrevues royales perdurent.


Scène de cérémonie dans le palais d'un roi safavide

Sous les Safavides, entre 1501 et 1736, le faste et la splendeur des cérémonies de Norouz atteignent un âge d’or comme en témoignent les nombreuses peintures murales et tableaux de cette ère. Durant cette période, le culte de Norouz s’imprègne de la religion chiite qui domine à cette époque en Iran, notamment via l’introduction de prières islamiques qui font désormais partie de l’identité iranienne.





À travers les époques et malgré les bouleversements politico-religieux, Norouz incarne la stabilité de la culture iranienne et demeure la principale fête dans le cœur des Iraniens.


Le déroulement et les coutumes de Norouz


Norouz ne se limite pas à une seule célébration, les préparations de Norouz débutent dès le dernier mois du calendrier persan, appelé Esfand. Tout au long de cette période de fêtes, familles et amis se réunissent, et des cadeaux sont distribués en guise de récompenses pour ce que chacun a accompli au cours de l’année passée.


Haft Sin, la table des “sept choses”


Table Haft Sîn

La nappe de Norouz, sofreh, est l'élément le plus marquant de Norouz, elle est dressée quelques jours avant le Nouvel An et entretenue jusqu’au dernier jour, nommé Sizdah Bedar. Chaque année, les familles garnissent leurs tables de sept éléments commençant par un S :


  • Sabzeh : deux semaines avant la nouvelle année, on place des graines de blé, d’orge ou de lentilles à germer. Ces pousses symbolisent la renaissance.


  • Samanou : cette pâte très riche à base de blé germé symbolise l’abondance.


  • Senjed : le fruit du jujubier symbolise l’amour.


  • Sîr : l’ail symbolise la santé.


  • Sîb : la pomme considérée comme le fruit du paradis symbolise la beauté et la bonne santé.


  • Somaq : les baies de sumac aux couleurs de l’aube symbolisent la santé.


  • Serkeh : le vinaigre symbolise l’âge et la patience.


  • Sonbol : les fleurs de jacinthe et leur parfum rappelle l’arrivée du printemps et le réveil de la nature.


  • Sekkeh : les pièces symbolisent la prospérité.


On peut également trouver :


  • Un miroir qui a une forte symbolique car il reflète la vie.


  • Un bocal d’eau avec un poisson rouge symbolisant l’énergie et la gaieté.


  • Des œufs peints incarnant la fertilité.


  • Des bougies symbolisant la lumière et le feu.


  • Des livres sacrés comme l’Avesta et le Coran ou des recueils de poèmes comme le Shâh Nâmâ de Ferdowsi ou le Divan de Hafez.


Les décorations et leur disposition varient d’une famille à une autre, afin de faire refléter les goûts de chacun auprès des convives.


La fête du feu, Tchaharchanbé-Souri


Fête de Tchaharchanbé-Souri dans une rue de la ville d'Astara, dans la province de Gilan

Le dernier mardi soir de l’année est célébré au cours d’une cérémonie nommée Tchaharchanbé-Souri durant laquelle on sort dans la rue et on saute au-dessus du feu qui est associé à la clarté, à la pureté et à la vie. Cet acte symbolique est accompagné d’une phrase : “ Zardi-yé man az to ; sorkhi-yé to az man “ signifiant “Je te donne ma couleur jaune, tu me donnes ta couleur rouge”. En effet, le jaune est associé à la maladie et aux difficultés de la vie alors que le rouge symbolise la vitalité et la santé : ainsi, en sautant par-dessus le feu, on se débarasse de nos maux en se chargeant de la force du feu.

Cette nuit-là s’accompagne de nombreuses autres traditions comme le fait d’allumer des feux sur les toits pour guider les anges Favrashisi venus sur terre prier pour la prospérité et la santé des familles après le nettoyage des maisons. En effet, toujours dans l’optique de profiter du passage à la nouvelle année pour se purifier, les ménages iraniens nettoient leurs maisons et objets et, parallèlement, leur âme en la débarrassant des rancunes et conflits internes. Ce nettoyage de printemps s’accompagne du port de vêtements neufs à l’image des arbres qui se parent d’un nouveau feuillage.


Sizdah bedar


Sizdah Bedar à Ispahan

Le treizième jour des célébrations du Nouvel An, Sizdah bedar, est une fête en extérieur pleine de gaieté accompagnée de chants, de danses et d’un pique-nique en famille. C’est à cette occasion que sont jetées les pousses germées du Haft Sîn dans un fleuve ou un courant d’eau afin de symboliquement se débarrasser des maux et de la malchance. Les jeunes femmes les attachent avant de les jeter dans l’espoir d’être mariées avant le prochain Sizdah bedar.




La fête de Norouz est le reflet d’une culture immuable et forte qui n’a cessé de se renforcer à travers six millénaires. Elle incarne l’énergie d’une identité qui a su conserver ses valeurs et ses rites malgré les bouleversements politiques et religieux. Au-delà de la célébration d’une nouvelle année, elle célèbre le lien intime qui unit l’homme et la nature et notre capacité, comme les arbres et fleurs, à renaître.


Eide Shoma Mobarak !



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